Il était une fois, une jeune fille appelée Cathy..., originaire de Londres, qui resplendissait d’un je ne sais quoi…, à l’aise et si attentionnée envers les autres. Interrogée sur ce qui émanait d'elle, Cathy se contenta d'écrire une adresse sur notre carnet : Méditation VIPASSANA, Kolhapur. Conseil de la Directrice de la Clinique : « ce n'est pas quelque chose pour vous ». Avis du Médecin : « ce n'est pas rien : il s'agit d'une opération chirurgicale lourde dans l'esprit ». Rêve de notre Professeur de Yoga : « si je pouvais, je l’aurais fait ; n'hésitez pas ! ».
Il s'agit de descendre au plus profond de son être et de déraciner les pollutions, les immondices, les ordures, les décharges emmagasinées tout au long de notre vie par nos émotions, nos frustrations, nos rancunes, nos colères rentrées. Exemple : lorsque nous sommes en colère, afin d'atteindre un mieux-être, nous allons au cinéma, nous promener ou écouter de la musique ; le bien-être se fera en surface, alors que nous n'aurons fait qu'enfouir davantage les racines du problème. La prière et la méditation de surface ont le même effet : bien-être apparent, mais le mal nous ronge en profondeur !
Nous voilà partis...
Arrivée au Centre : les hommes d'un côté, les femmes de l'autre !
Conditions du séjour : 10 jours de silence, confiscation de l'ordinateur, des téléphones portables, caméra, appareil photo, des livres, stylos et cahiers, des images pieuses, de tout signe religieux, argent, portefeuille, porte-monnaie et passeport compris.
Renoncement, dénuement, lâcher-prise, l'intellect est forcé au silence absolu...
Prix du séjour... gratuit ; une donation peut être faite à la fin du séjour.
Ci-dessus les chambres des méditants.
Le moment le plus difficile à vivre : la séparation, sachant que Gérard ne parle pas anglais... Toute atteinte à la loi du silence peut être sanctionnée par une éviction du Centre !... Nous nous contentons de quelques regards furtifs de loin, trop dur !!!...
Grande frayeur de Madée : assise à contempler le paysage sur un muret devant sa chambre, elle voit venir vers elle une méditante. Surprise devant cette rupture du silence…, et pour cause : elle venait la prévenir qu’une bande de singes s'était entassée sur l'arbre au-dessous duquel elle se trouvait. Attaque imminente !!! Ils ont l’habitude de jeter dans les cheveux pour chercher… on ne sait quoi et si on les en empêche, ils vous lacèrent le visage ! Madée a fui sans demander son reste !
Le lit !!!... Un socle de pierre, couvert d'une paillasse de 3 cm d’épaisseur : Gérard n'a pas supporté et a réclamé une deuxième paillasse. Une couverture de laine pour se prémunir du froid nocturne, à plus de 500 m d'altitude ! Conditions de vie réservées à des personnes motivées...
Confort minimum... Un sceau d’eau pour la douche du matin !
La cantine : à gauche les femmes ; à droite les hommes.
Petit déjeuner : 6 h 30. Déjeuner : 11 h 30. Goûter : 17 h 30.
Bien sûr, les chaussures sont laissées à la porte.
Nos sœurs indiennes à la cantine, 25 femmes de 18 à 75 ans et plus...
Repas végétariens, pauvres, mais suffisants pour ce que nous avions à faire.
Le petit-déjeuner ; une fiesta le jour du départ : deux galettes, et un bol de vermicelle sucré + 1 verre de thé au lait...
Le déjeuner : soupe, riz, lentilles et sauce de légumes, une banane ou un petit bol de dessert sucré.
Au goûter des Rice Crispies salés, accompagnés d'une banane et d'un verre de lait.
Le tout mangé avec les doigts, ou pour les « résistants » comme nous, avec une cuillère à soupe.
Les femmes, moins nombreuses, prennent leur repas tournées vers le mur, afin d'éviter toute tentative de bavardage..., sous la surveillance de gardiens et de gardiennes qui font régulièrement le tour des bâtiments, afin de s'assurer du respect de la loi du silence. Les personnes qui ont déjà effectué un premier séjour ne sont pas autorisées à avoir d'autre repas après le déjeuner de
11 h 30.
La salle à manger des 60 participants.
À chacun sa vaisselle !
Outre les Indiens, deux Russes, deux Belges et nous.
La Salle de Méditation des hommes. La journée s'organise comme suit :
Réveil à 4 h 00 par un énorme gong !!! Puis direction vers la salle dans le noir et dans le froid, avec notre lampe de poche. Sacrilège : nous étions les seuls à emporter notre couverture pour aller méditer de 4 h 30 à 6 h 30 ! Dur, dur !
Le Maître dirige la méditation : pendant trois jours, nous allons aiguiser notre mental comme un bistouri, en nous focalisant uniquement sur le souffle et rien d'autre ! Ne rien visualiser d’autre, ni flamme, ni lumière, ni objet, ni parole ou mantra, sinon ce serait de la concentration. Au premier abord, impossible ! ! ! L'esprit divague, vadrouille... Les souvenirs remontent... Encore essayer de dompter le mental... qui cherche à ressasser le passé ou à fuir vers le futur, évitant le « ici et maintenant ».
Pour nous y aider, le Maître nous remet un numéro de cellule individuelle de 2,50 m par 1,50 m. Enfermés dans notre cellule, dans la pénombre, avec quelques trous au mur par lesquels filtre la lumière du jour, il faut obliger le mental, l'astreindre, le contraindre ..., mais les images reviennent incessantes..., persistantes..., la maison..., les enfants..., le travail..., les amis..., puis retour au souffle… La lutte dure de 8 h 00 à 11 h 30, puis reprend de 13 h 30 à 17 h 30, avec une petite pause de 15 minutes ... Retour à la Salle de Méditation collective de 19 h 00 à 20 h 00.
Quelques chuchotements venant des cellules et des chambres montrent que certains sont portés sur le « saint bavardage » et non sur le « saint silence »...
Troisième jour : désespoir de Madée qui fond en larmes... Le but semble impossible à atteindre !!! Il ne s'agit pas de se focaliser sur la respiration, mais sur le souffle, nuance... 11 h BINGO !!! Le souffle est là..., unique..., se détachant sur un fond noir. Le mental est asservi !
Les Maîtres : des femmes d'une grande distinction, aux manières nobles, de qui émanent Paix et Sérénité. Gérard ne maîtrisant pas l'anglais, le Centre a fait venir de Bengalore par avion un Maître qui a étudié à Bordeaux et qui s'exprime parfaitement en français. Le langage ne doit pas être une barrière pour l'évolution. Deux fois par jour, elle s'enquiert de la justesse de notre technique et de nos progrès. En fin de compte, il s'agit d'utiliser notre mental comme bistouri et de descendre au plus profond de notre être pour déraciner tout ce que nos émotions ont enfoui depuis notre enfance, ou même des vies... En y appliquant le principe de l’ « impermanence des êtres et des choses dans la plus grande équanimité... », ce qui n'est qu'une théorie devra être éprouvé dans notre chair !!!... Douleurs diffuses et brûlures acides, la présence du Maître est indispensable pour expliquer : douleurs émotionnelles enfouies, surtout ne pas y pénétrer... Appliquer la technique…Vous comprendrez que nous ne pouvons pas vous en dire plus...
Chacun avec son Maître, les explications se déroulent le soir de 20 h 00 à 21 h 00. Nous sommes tous les deux dans une même pièce, mais séparés, le moment le plus attendu de la journée ! Nous nous lançons quelques œillades, très heureux de nous revoir ; mais le Maître veille : aucun échange. Les enseignements en français portent sur le « non-attachement » qui n'est pas indifférence, et insistent sur les dangers de l'avidité, du désir, de l’aversion, de la colère, toutes ces émotions tissant des nœuds qui nous rattachent aux souffrances de l'existence. Nous assimilons.
Extinction des feux à 21 h 30.
Un seul mot à retenir : « impermanence » : tout passe, rien ne dure ; accepter les bons moments sans s'y attacher et laisser passer les moments désagréables.
Armés de notre souffle, nous devenons les « chirurgiens » de notre propre mental, les jours passent..., les jours passent..., la phrase se répète : « Et maintenant retournez à vos cellules !». L’opération se poursuit, impitoyable ! Le but sera-t-il atteint ? Quelle leçon d'humilité !
Le 10e jour est consacré au partage de la Paix, de la Lumière et de l'Amour avec tous les êtres sur toute la surface de la Terre…, puis levée du silence à 10 h 00, afin d'éviter le choc trop brutal du retour à la vie sociale.
Séance de larmes, de joie, de photos ; les émotions explosent ! Les embrassades s'éternisent ! Nous avons toutes et tous partagé une expérience très intense, très puissante.
L'échange avec nos frères et sœurs indiens nous projette dans une atmosphère de Joie inégalée !!!
Bilan : nous avons fait remonter, à travers les cellules de notre être profond,des pollutions mentales enfouies avec leurs lots de sensations ; nous les avons subies, nous leur avons fait face et nous leur avons appliqué le principe de l’impermanence dans la plus grande équanimité. Les événements arrivent, passent, ne laissent pas de traces. Opération réussie !
Au même titre que l'hygiène corporelle, ce travail de nettoyage devra se poursuivre quotidiennement, matin et soir, afin d'éviter tout nouvel encrassement de notre mental !
Impossible à réaliser tout seul !!! Merci à nos Maitres !!!
Des Centres de Méditation Vipassana existent partout dans le monde.
























Quel Courage , FORCE ,pour affronter un tel cheminement!!!!!
Je suis fière de vous deux ! Je ne suis pas étonnée car vous êtes habités par une sagesse ,une douceur qui vous permet d'aller toujours plus loin! Tel un roseau vous fléchissez mais vous vous relevez aussi vite ! BRAVO et milles bisous. Votre quête m'enrichit tous les jours. MERCI.